Il existe des collaborations qui commencent avec un projet et se terminent avec l’événement.
Et puis il y en a d’autres qui deviennent une histoire.
Pour Ken Okada, l’Hôtel Lutetia appartient à cette deuxième catégorie.
À quelques minutes seulement de la boutique OKADA PARIS de la rue de la Chaise, le Lutetia faisait déjà partie du paysage quotidien de la créatrice.
On le croisait en marchant dans le quartier. Des clients séjournant à l’hôtel découvraient parfois la petite rue de la Chaise presque par hasard, entraient dans la boutique et découvraient à leur tour l’univers de la Maison.
Peu à peu, une évidence s’est installée.
Les deux univers étaient géographiquement proches, mais surtout, ils semblaient parler à une même sensibilité.
Une certaine idée de la Rive Gauche
Pour Ken Okada, le Lutetia incarne une manière très particulière de vivre le luxe parisien.
Un luxe élégant, cultivé et historique, mais sans ostentation.
Un lieu profondément lié à la Rive Gauche, à son architecture, à sa culture et à son art de vivre.
C’est aussi précisément la clientèle que la créatrice reconnaît depuis longtemps dans l’univers OKADA PARIS : des femmes et des hommes sensibles à l’élégance, mais qui ne recherchent pas nécessairement le spectaculaire ou le « bling-bling ».
Ils aiment Paris.
Ils aiment la culture.
Ils aiment la création.
Et surtout, ils aiment ce qui possède une personnalité.
Cette proximité naturelle va donner naissance à une collaboration qui dépasse rapidement la simple association entre une Maison de mode et un hôtel.
Faire entrer OKADA PARIS dans les suites du Lutetia
Avec « Dreamlike in Paris », l’idée n’est pas simplement d’organiser un événement de mode dans un hôtel prestigieux.
Le projet consiste à faire entrer l’univers OKADA PARIS directement dans l’expérience des clientes du Lutetia.
Dans cinq des suites emblématiques de l’hôtel, une création imaginée par Ken Okada est proposée comme cadeau : une tenue en soie « dessus/dessous », transparente, délicate et féminine, pensée pour pouvoir être portée de jour comme de nuit.
Une pièce intime, presque comme une transition entre la chambre et la ville.
Les clientes peuvent toucher la matière, essayer la création, la porter et découvrir ainsi la Maison autrement.
L’expérience peut ensuite se prolonger à quelques minutes de là, rue de la Chaise, où elles sont invitées à rencontrer la créatrice et à découvrir ses collections et son savoir-faire.
Le vêtement devient alors un lien entre deux lieux.
La suite mène à la boutique.
L’hôtel mène à la Maison.
Et la mode devient une expérience parisienne.
Le luxe comme expérience, et non comme démonstration
Ce projet révèle déjà une conviction importante dans le parcours de Ken Okada.
Le luxe ne réside pas uniquement dans la valeur d’un objet.
Il peut se trouver dans une attention, une matière que l’on touche, une rencontre, un lieu, une vue sur Paris ou simplement dans la sensation de découvrir quelque chose que l’on n’attendait pas.
Au Lutetia, cette idée prend tout son sens.
L’hôtel n’est pas seulement, aux yeux de la créatrice, un endroit où les voyageurs viennent dormir.
C’est un lieu que l’on fréquente.
On y déjeune.
On y dîne.
On s’y retrouve.
Les habitants de la Rive Gauche peuvent y croiser les voyageurs internationaux, les artistes, les journalistes et les personnalités de passage.
Pour Ken Okada, cette dimension est essentielle.
Un hôtel peut lui aussi devenir un lieu de vie et de création.
« Dreamlike in Paris » : ouvrir les portes d'un univers
Pour présenter la collaboration, OKADA PARIS et le Lutetia imaginent un événement permettant aux invités de découvrir l’hôtel autrement.
Journalistes, clients, professionnels de la mode et personnalités de l’époque sont invités à entrer dans cet univers, à découvrir plusieurs suites et à parcourir les espaces du Lutetia.
À l’époque, les blogs mode prennent également une place nouvelle dans la communication. Blogueurs et nouveaux prescripteurs rejoignent les médias traditionnels autour de l’événement.
Cette rencontre entre hôtellerie, mode et expérience attire l’attention de la presse et donne une visibilité nouvelle au projet.
Mais pour Ken Okada, son souvenir le plus important n’est pas seulement celui des retombées médiatiques.
Ce sont les rencontres.
Les échanges.
La manière dont les équipes du Lutetia se sont investies dans l’aventure.
Elle découvre des interlocuteurs ouverts aux artistes et aux propositions nouvelles, capables de considérer l’hôtel comme un espace où différentes disciplines peuvent se rencontrer.
C’est cette dimension humaine qui transformera progressivement une opération professionnelle en relation durable.
La Suite Eiffel : Paris comme décor
L’aventure se prolonge également dans l’une des suites les plus marquantes de l’hôtel : la Suite Eiffel.
OKADA PARIS y réalise notamment des images et une vidéo.
La création n’est plus isolée sur un fond neutre.
Elle dialogue avec la chambre, l’architecture, la lumière et Paris.
Cette expérience fait découvrir à Ken Okada une autre manière de présenter ses vêtements.
La mode peut exister dans un décor réel.
Elle peut dialoguer avec l’architecture.
Avec un hôtel.
Avec une ville.
Avec une histoire.
Et Paris lui-même peut devenir une partie de la création.
Un voyage onirique pour le Printemps-Été 2014
Cette relation avec le Lutetia se poursuit au-delà de la première opération.
L’hôtel devient également le cadre d’une présentation de la collection Printemps-Été 2014 d’OKADA PARIS.
La collection elle-même semble naturellement appartenir à cet univers.
Pour cette saison, Ken Okada imagine un voyage onirique entre Paris et le Japon.
La danse, la légèreté du tutu et la fleur de cerisier japonaise se rencontrent dans une collection à la fois dynamique, joyeuse et sereine.
Les constructions et déconstructions jouent avec l’asymétrie.
La fluidité du tulle de coton apporte des mouvements plus libres, presque « non maîtrisés », qui contrastent avec l’architecture traditionnellement plus structurée de la chemise OKADA PARIS.
La chemise elle-même se transforme.
Elle s’allonge.
Elle devient plus légère, plus vaporeuse.
Les transparences permettent aux couleurs et aux matières de se mélanger, tandis que les superpositions multiplient les possibilités de porter chaque création.
Une pièce peut changer selon l’humeur et la personnalité de celle qui la porte.
Et une phrase de la créatrice résume alors avec humour cette recherche :
« Une chemise peut en cacher une autre, et une deuxième chemise en cache souvent une troisième ! »
Derrière cette légèreté apparaît déjà une grande partie du vocabulaire qui continuera d’accompagner la Maison : superposition, transparence, asymétrie, mouvement, transformation et dialogue entre Paris et le Japon.
Plus qu’un défilé, une relation
Avec le recul, c’est peut-être là que se trouve la véritable importance du Lutetia dans les archives d’OKADA PARIS.
Il serait trop simple de résumer cette histoire à un défilé ou à une collaboration ponctuelle.
Au fil des années, la Maison revient vers l’hôtel.
Des événements y sont organisés.
Des images y sont réalisées.
Des collections y sont présentées.
Et lorsque le Lutetia ferme plusieurs années pour une importante rénovation, l’histoire se met simplement en suspens.
Après sa réouverture, Ken Okada retrouve de nouveau le chemin de l’hôtel et y réalise à nouveau des images autour de ses collections.
Comme si le dialogue n’avait jamais réellement été interrompu.
Mode, hôtellerie, gastronomie, architecture… et humain
Vingt-cinq ans après la naissance de sa Maison, Ken Okada regarde aujourd’hui cette histoire différemment.
Elle ne voit plus seulement les vêtements.
Elle voit tout ce qui existait autour.
La mode.
L’hôtellerie.
L’architecture.
La gastronomie.
La presse.
Les clients.
Paris.
Et surtout, les personnes.
C’est peut-être cela qui distingue une véritable collaboration d’une simple opération de communication.
Une collaboration réussie ne consiste pas seulement à réunir deux noms. Elle crée un territoire commun.
Avec le Lutetia, ce territoire était la Rive Gauche.
Et l’histoire, elle, n’est peut-être pas terminée.
LE MOT DE LA CRÉATRICE
L’Hôtel Lutetia, pour moi, ce n’est pas simplement un hôtel où j’ai organisé un événement ou présenté une collection.
C’est beaucoup plus personnel.
Il était presque notre voisin.
Depuis ma boutique rue de la Chaise, il suffisait de marcher quelques minutes pour arriver au Lutetia. Et pendant des années, j’ai vu des clients de l’hôtel passer dans notre petite rue, découvrir la boutique presque par hasard et entrer chez OKADA PARIS.
Petit à petit, j’ai compris que nous avions aussi quelque chose en commun.
La Rive Gauche.
Pour moi, la clientèle du Lutetia ressemblait beaucoup à la femme OKADA PARIS.
Elle aime l’élégance, mais elle n’a pas besoin de montrer qu’elle appartient au luxe.
Elle aime la culture, la différence, la création, l’histoire.
Elle cherche quelque chose avec une âme.
C’est probablement pour cela que cette collaboration m’a semblé si naturelle.
Quand nous avons imaginé la tenue en soie pour les clientes des suites, j’aimais beaucoup l’idée que quelqu’un puisse découvrir mon travail autrement.
Elle pouvait toucher le vêtement.
Le porter.
Dormir avec, sortir avec.
Puis, si elle en avait envie, traverser quelques rues et venir me rencontrer dans ma boutique.
Pour moi, c’était déjà une autre manière de penser la mode.
Ce n’était pas seulement : « regardez mon vêtement ».
C’était : « entrez dans mon univers ».
Et lorsque nous avons organisé Dreamlike in Paris, j’ai encore découvert autre chose.
Je me souviens des suites, des journalistes, des clients, des rencontres, des personnes qui travaillaient avec nous.
Je me souviens surtout d’une équipe très ouverte.
On pouvait proposer une idée.
Imaginer une image.
Faire entrer la mode dans une chambre.
Tourner une vidéo dans la Suite Eiffel.
Organiser un événement.
Présenter une collection.
Tout semblait pouvoir dialoguer.
À cette époque, j’étais encore en train de construire ma Maison et, comme beaucoup de projets de mes premières années, cette expérience m’a énormément appris.
Aujourd’hui, je comprends mieux pourquoi.
Un projet de mode ne vit jamais seul.
Il peut rencontrer l’architecture.
La gastronomie.
L’hôtellerie.
La photographie.
La presse.
L’art.
Et surtout les êtres humains.
C’est peut-être ce qui me reste le plus de cette histoire.
Je n’ai jamais considéré le Lutetia comme un lieu que l’on louait simplement pour faire un défilé.
Nous avions créé une relation.
Même lorsque l’hôtel a fermé pour sa rénovation, cette relation n’a pas complètement disparu. Après sa réouverture, j’ai eu la joie d’y revenir pour créer de nouvelles images.
Lorsque je regarde aujourd’hui ces archives, après vingt-cinq années de création à Paris, je ressens quelque chose de très particulier.
Je pense à la jeune créatrice japonaise que j’étais.
Je pense à cette petite boutique de la rue de la Chaise.
Je pense aux clients qui arrivaient du Lutetia presque par hasard.
Et je pense à toutes les rencontres qui, finalement, ont construit mon histoire parisienne.
Avec le temps, je crois que je suis devenue plus simple.
Je cherche moins à démontrer.
Je comprends davantage que les projets qui restent vraiment dans ma mémoire sont ceux où il y avait une rencontre, une confiance et une émotion.
Pour moi, le luxe est peut-être aussi cela : un lieu, une création et des personnes qui, pendant un moment, réussissent à raconter ensemble la même histoire.
Et lorsque je passe encore aujourd’hui devant le Lutetia, je n’ai pas l’impression que cette histoire appartient complètement au passé.
J’ai toujours envie d’y retourner et d’imaginer la suite.
L’Hôtel Lutetia fait presque partie de mon paysage intime de Paris.
Pendant toutes ces années rue de la Chaise, je suis passée devant lui je ne sais combien de fois. Et presque chaque fois, j’avais envie de le photographier.
Sous la pluie, dans le froid, parfois sous la neige, le soir lorsque les lumières s’allumaient, ou simplement assise en face en prenant un café… C’était toujours la même façade, et pourtant je ne la voyais jamais de la même manière.
Je crois même que le Lutetia est l’un des lieux que j’ai le plus photographiés avec mon téléphone à Paris.
Bien sûr, je connaissais aussi l’intérieur. J’y ai pris des cafés, déjeuné, dîné, retrouvé des personnes, travaillé sur des projets. Mais il y avait quelque chose de plus difficile à expliquer : je me sentais proche de ce lieu.
Avec le temps, il est presque devenu un repère dans ma vie parisienne. Je plaisante parfois en disant :
« Le Lutetia, c’est mon palace. »
Mais derrière cette phrase, il y a quelque chose de vrai. Je n’ai jamais regardé cet hôtel seulement comme un lieu luxueux. Il faisait partie de mon quartier, de mes habitudes, de mes rencontres et finalement d’une partie de l’histoire de ma Maison.
— Ken Okada

