Ken Okada imagine les uniformes des Galeries Lafayette Gourmet (2010)

uniform-Galeries Lafayette Gourmet-2010

En 2010, presque dix ans après le début de son aventure parisienne, Ken Okada se voit proposer un projet très différent de son travail habituel : imaginer les uniformes des Galeries Lafayette Gourmet à Paris.

À cette époque, la créatrice développe ses collections et affirme progressivement l’identité de sa Maison. L’uniforme professionnel ne fait pas partie de son univers habituel.

La proposition arrive grâce à Jean-Philippe Sam, une relation professionnelle qui connaît depuis longtemps son travail et apprécie sa manière de construire le vêtement. Il lui offre alors l’opportunité de participer à l’appel d’offres lancé autour de ce nouveau projet.

Pour Ken Okada, c’est une surprise, mais surtout une nouvelle expérience.

Comment conserver un geste de créateur dans un vêtement qui doit avant tout être fonctionnel ?

Comment habiller différentes personnes, différentes morphologies, pendant toute une journée de travail, tout en donnant aux équipes une identité immédiatement reconnaissable ?

C’est précisément cette contradiction qui va rendre le projet passionnant.

Créer un uniforme sans effacer la personnalité

 

Ken Okada imagine une silhouette volontairement sobre, construite autour du noir, du blanc et du rouge emblématique des Galeries Lafayette.

Pour les femmes, une chemise blanche dialogue avec un pantalon noir. Pour les hommes, la chemise devient noire, associée elle aussi au pantalon noir. Le tablier complète la silhouette professionnelle.

Mais la créatrice souhaite introduire un détail qui permette immédiatement de sortir de l’uniforme conventionnel.

Une ligne rouge asymétrique vient alors traverser la silhouette.

Discrète mais graphique, elle rappelle l’identité des Galeries Lafayette tout en introduisant l’un des langages chers à Ken Okada : l’asymétrie.

Le défi est précisément là : être original sans devenir démonstratif.

L’uniforme doit avoir du caractère, mais ne doit jamais empêcher de travailler.

Il doit être visible sans devenir envahissant.

Créatif, mais fonctionnel.

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Quand la création rencontre la réalité

Très vite, Ken Okada découvre qu’imaginer un uniforme est très différent de dessiner une collection.

Une collection naît d’abord d’une vision.
Un uniforme doit, lui, rencontrer la réalité.

Les personnes qui vont le porter n’ont ni les mêmes silhouettes, ni les mêmes proportions, ni les mêmes gestes. Elles doivent pouvoir se déplacer, servir, travailler pendant plusieurs heures et se sentir à l’aise dans leur vêtement.
La création doit donc s’adapter à l’être humain, et non l’inverse.

Cette dimension conduit Ken Okada à s’impliquer personnellement dans les différentes étapes du projet, jusqu’aux essayages et aux ajustements nécessaires pour accompagner les personnes qui porteront réellement les pièces.
Ce qui semblait au départ être un projet relativement simple devient ainsi une véritable expérience de création, de production et de précision.

Une autre façon d’apprendre le métier de créatrice

Mais l’enseignement le plus important de cette collaboration dépasse finalement le vêtement.

Participer à un projet de cette dimension signifie également apprendre à travailler avec un grand groupe, comprendre un appel d’offres, préparer des documents, respecter un cahier des charges, maîtriser les coûts, les quantités, les délais et les contraintes de production.

Pour une créatrice indépendante encore au début de son parcours, cette expérience constitue une véritable école.
Elle découvre qu’une idée, aussi belle soit-elle, ne suffit pas.

Pour qu’elle devienne réalité, elle doit être structurée.

Chiffrée.
Produite.
Essayée.
Adaptée.
Et finalement portée.

 

Cette rigueur va progressivement nourrir sa propre manière de travailler et accompagner le développement de la Maison.

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Voir ses créations entrer dans la vie quotidienne

 

Puis arrive un moment très différent de celui d’un défilé.
Les uniformes ne sont plus dans l’atelier.
Ils sont portés.

 

Dans l’univers des Galeries Lafayette Gourmet, les silhouettes imaginées quelques mois auparavant prennent vie au milieu des clients, des comptoirs, du café et du rythme quotidien des équipes.

Pour la créatrice, les photographies réalisées autour du projet prennent alors une signification particulière.

Ce ne sont plus simplement des vêtements.
Ce sont des créations devenues outils de travail, intégrées à un lieu et à une expérience réelle.

 

Et pour une Japonaise arrivée à Paris quelques années auparavant, voir son travail entrer dans l’univers d’une institution française aussi emblématique que les Galeries Lafayette possède nécessairement une dimension particulière.

Cette collaboration marque ainsi une étape dans l’histoire de la Maison : celle où la création OKADA PARIS découvre qu’elle peut exister bien au-delà d’une collection de mode.

Le mot de la créatrice

Quand on m’a proposé ce projet, j’ai d’abord été surprise.

Je suis créatrice de mode. À cette époque, je travaillais sur mes collections, mes chemises, mes silhouettes. Je n’avais jamais pensé que l’uniforme pouvait devenir un territoire de création pour moi.
Mais justement, j’aime découvrir quelque chose que je ne connais pas.

Et ce projet m’a énormément appris.
Au départ, je pensais surtout au dessin : comment faire quelque chose de différent sans oublier que ces vêtements doivent être portés pour travailler ?

J’ai choisi quelque chose de très simple : le noir, le blanc et cette ligne rouge asymétrique qui rappelle immédiatement les Galeries Lafayette.
Je voulais que ce soit original, mais original discrètement.
Puis j’ai découvert tout ce qui existe derrière le dessin.

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Quand on crée une collection, on imagine une silhouette. Avec un uniforme, il faut penser à toutes les personnes qui vont réellement le porter.

Les corps sont différents.
Les proportions sont différentes.
Les gestes sont différents.

 

Et surtout, ces personnes doivent travailler dans le vêtement.

Je me suis donc beaucoup impliquée dans les essayages et les ajustements. Je voulais conserver la qualité du vêtement tout en respectant les besoins de chaque personne.

Mais ce projet m’a appris encore autre chose.
Être créatrice ne signifie pas seulement savoir dessiner.

J’ai appris à travailler dans un appel d’offres, à préparer des documents, à réfléchir aux budgets, aux chiffres, à la production, aux contraintes et à toutes les étapes nécessaires pour transformer une idée en réalité.

J’étais encore relativement jeune dans mon aventure parisienne, et je crois que j’ai énormément grandi grâce à cette expérience.

Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que beaucoup de grands projets de ma carrière ont fonctionné ainsi.

Au début, je pense que je vais simplement créer quelque chose.
Et finalement, c’est le projet qui m’apprend quelque chose.

Lorsque je regarde aujourd’hui les photographies des uniformes portés aux Galeries Lafayette Gourmet, je ressens encore cette émotion.

Je vois bien sûr les vêtements que j’ai dessinés.
Mais je vois surtout tout ce que j’ai appris derrière eux.

 

Les rencontres.
Les contraintes.
Les essais.
Les erreurs.
La production.
La responsabilité.

 

Et la joie de voir finalement une idée sortir de mon dessin pour entrer dans la vie réelle.
Je crois que c’est aussi pour cela que, même après toutes ces années, j’aime toujours autant mon métier.
Créer, pour moi, c’est continuer à apprendre.

 

— Ken Okada

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