MONONOKÉ, une signature née bien avant de porter son nom
En 2024, lorsqu’OKADA PARIS décide d’affirmer plus clairement les signatures de la Maison, une silhouette s’impose naturellement : MONONOKÉ.
Pourtant, son histoire commence bien plus tôt.
Créé dès 2006, le modèle porte alors le nom d’Antoinette, en référence à Marie-Antoinette. À cette époque, Ken Okada aime donner à ses créations les noms de figures de l’histoire et de la culture européennes. Une manière, pour cette créatrice venue du Japon et installée à Paris, de raconter son propre regard sur la France.
Presque vingt ans plus tard, la Maison redécouvre dans cette chemise quelque chose qui était déjà là depuis le commencement : une pièce immédiatement reconnaissable, impossible à confondre avec une autre.
Elle deviendra MONONOKÉ.
Une chemise, plusieurs façons d’être femme
MONONOKÉ joue d’abord avec le regard.
Sa construction crée un effet de trompe-l’œil et de superposition : plusieurs niveaux semblent se rencontrer dans une seule chemise. Boutonnée, elle peut être portée avec une élégance presque classique. Mais lorsqu’elle s’ouvre, ses pans se déploient et la silhouette se transforme.
La chemise devient mouvement.
Elle peut être sage le jour, plus sensuelle le soir. Elle peut se porter fermée, ouverte, ceinturée, superposée. Ses volumes peuvent évoquer un éventail, tandis que ses différentes couches permettent de dévoiler ou de dissimuler le corps.
Cette liberté d’interprétation est précisément ce qui convainc la Maison d’en faire une signature.
Car une pièce emblématique ne doit pas seulement être reconnaissable. Elle doit pouvoir continuer à vivre.
L’art de la superposition
Au fil des collections, MONONOKÉ devient un véritable terrain de jeu.
Deux chemises peuvent se rencontrer dans une même silhouette. Une couleur apparaît d’un côté, une autre de l’autre. Trois chemises peuvent être superposées. MONONOKÉ dialogue avec une robe, un pantalon, un jupon ou une pièce transparente jusqu’à parfois brouiller la frontière entre chemise et vêtement d’extérieur.
Cette construction en strates rejoint l’un des langages fondateurs d’OKADA PARIS : le millefeuille, la juxtaposition et l’asymétrie.
Une même pièce peut ainsi produire des silhouettes totalement différentes sans perdre son identité.
D’Antoinette à MONONOKÉ : de Paris au Japon
Le changement de nom donne progressivement une autre dimension au modèle.
Dans l’imaginaire de Ken Okada, MONONOKÉ n’est plus seulement une femme. Elle devient un esprit.
Son jeu de couches fait écho à l’imaginaire du vêtement traditionnel japonais et aux silhouettes de cour composées de multiples étoffes superposées. Mais la référence n’est jamais reproduite littéralement : elle est déplacée dans le présent.
MONONOKÉ devient alors une sorte de princesse japonaise contemporaine — libre de traverser Paris, Tokyo, les siècles et les histoires.
C’est précisément parce qu’elle n’est pas enfermée dans un personnage unique qu’elle peut revenir saison après saison.
Une muse qui voyage à travers les collections
MONONOKÉ commence alors à voyager.
Dans un univers inspiré de Tokyo, elle devient plus jeune, vive et urbaine.
Lorsqu’elle rencontre Ophélie de Shakespeare, elle change encore : plus fragile, florale et poétique.
Puis elle retourne vers Marie-Antoinette, bouclant presque la boucle avec l’Antoinette de 2006. Les volumes prennent une nouvelle ampleur, les superpositions se multiplient et l’histoire initiale est entièrement réinterprétée.
Pour les 25 ans d’OKADA PARIS, l’expérience va encore plus loin. La superposition ne s’arrête plus au haut du corps : les différentes couches descendent dans la silhouette et construisent le volume du bas, presque comme un jupon contemporain.
Sur le visuel anniversaire destiné à Madame Figaro, cette accumulation de chemises blanches devient une architecture à part entière : col, manches, pans et volumes se répondent autour du corps.
Ce n’est donc jamais exactement la même MONONOKÉ.
Et pourtant, elle reste MONONOKÉ.
Le mot de la créatrice
Quand nous avons décidé en 2024 de choisir une pièce signature pour OKADA PARIS, j’ai pensé à MONONOKÉ.
Pourquoi elle ?
Parce que je ne connais pas vraiment d’autre chemise comme celle-ci.
Je l’avais dessinée en 2006 sous le nom d’Antoinette. Presque vingt ans plus tard, elle était toujours là et, surtout, j’avais encore envie de jouer avec elle.
C’est cela qui m’intéresse.
Je peux la fermer et elle devient presque classique. Je peux l’ouvrir et elle devient beaucoup plus sensuelle. Je peux en superposer deux, trois, mélanger les couleurs, la porter avec une robe, construire une silhouette entière autour d’elle.
Je n’ai jamais l’impression d’avoir terminé MONONOKÉ.
Je pense parfois au tailleur de Chanel : une idée peut traverser les décennies parce qu’elle ne reste jamais complètement immobile. Chaque époque peut lui donner une nouvelle vie.
J’aimerais que MONONOKÉ puisse avoir cette liberté.
Au fil des collections, j’ai commencé à la considérer presque comme un personnage.
Puis je me suis rendu compte que ce n’était justement pas un personnage.
MONONOKÉ est un esprit.
lle peut être une jeune femme de Tokyo. Elle peut entrer dans l’univers d’Ophélie. Elle peut voyager jusqu’à Marie-Antoinette. Elle peut devenir romantique, urbaine, transparente, architecturale ou presque extravagante.
Et aujourd’hui, quelque chose m’amuse encore davantage.
Au début, bien sûr, c’était moi qui créais MONONOKÉ.
Mais après toutes ces années, je me demande parfois : est-ce encore moi qui emmène MONONOKÉ quelque part, ou est-ce MONONOKÉ qui m’emmène ailleurs ?
C’est peut-être cela, pour moi, une véritable pièce signature.
Une création qui continue à surprendre même sa créatrice.
Je ne sais pas encore où MONONOKÉ nous emmènera demain.
Et c’est justement pour cela que j’ai envie de continuer.
— Ken Okada

