Les Sapins de Noël des Créateurs : Ken Okada, pour la première fois parmi les grands noms de la création (2015)

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Il existe des soirées dont on garde les photographies. Et d’autres dont on garde surtout le sentiment.

En novembre 2015, à l’occasion de la 20e édition des Sapins de Noël des Créateurs, Ken Okada participe pour la première fois à cet événement caritatif réunissant au Théâtre des Champs-Élysées de grands noms de la mode, du design, de l’art et de la création.

Autour d’elle figurent notamment Chanel, Christian Dior, Jean Paul Gaultier, Hermès par Véronique Nichanian, Elie Saab, Chantal Thomass, Pierre Hermé, Jean-Charles de Castelbajac, India Mahdavi ou encore Stella McCartney.

Ken Okada fait partie de cette édition avec sa propre interprétation du sapin de Noël.

Pour la créatrice japonaise installée à Paris, l’émotion est particulière.
Elle ne découvre pas seulement un événement.

Elle a, pour la première fois, le sentiment d’entrer dans un monde qu’elle avait longtemps regardé de l’extérieur.

Un sapin qui ne ressemble pas à un sapin

Face au thème de Noël, Ken Okada ne cherche pas à reproduire un sapin traditionnel.

Elle préfère traduire Noël avec son propre langage.

Son œuvre prend la forme d’une installation verticale de deux mètres : une structure métallique disparaît derrière de longs voiles de tissu, auxquels viennent se suspendre de petites clochettes de céramique inspirées des furin japonais.

Les archives de la vente décrivent ainsi l’œuvre : un portant métallique sur lequel tombent délicatement des voiles de tissus et des clochettes de céramique.

Le blanc, la transparence et la légèreté transforment le sapin en un cocon onirique.

Une création à la frontière entre mode et installation.

Une manière, déjà, de faire dialoguer Paris et le Japon.
Plutôt que de décorer un arbre, Ken Okada imagine une atmosphère.
Un Noël presque immatériel.

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Créer pour une cause

Mais derrière la liberté créative se trouve une dimension essentielle : la solidarité.

Les œuvres de cette 20e édition sont exposées au Théâtre des Champs-Élysées avant d’être vendues aux enchères le 23 novembre 2015, au profit de la Fondation AVEC, engagée dans la lutte contre le cancer.

Pour Ken Okada, la création quitte ainsi le seul territoire de la mode.

Elle peut aussi servir. Rassembler.

Et contribuer à une cause qui dépasse le vêtement.
Son propre sapin trouvera d’ailleurs acquéreur auprès du professeur David Khayat.

 

Le texte que la créatrice écrit au lendemain de la soirée conserve encore toute sa spontanéité :
« Je suis curieuse… Il l’a mis où ? Dans son salon… dans son bureau ? »

Derrière cette petite question presque enfantine apparaît toute l’émotion de voir son cocon quitter l’exposition pour commencer une autre vie.

Une soirée de « premières fois »

Mais lorsque Ken Okada écrit sur cette soirée en 2015, un détail revient continuellement dans son récit :

« C’est la première fois… »

Première participation aux Sapins de Noël des Créateurs.
Première photographie avec Jean Paul Gaultier, dont elle découvre la gentillesse et l’humanité.

Nouvelle rencontre avec Chantal Thomass, qui lui dit avoir vu son Instagram.

Première fois également que Marie-Christiane Marek, à l’origine de l’événement, porte une création Ken Okada au cours de cette soirée.

Les rencontres se succèdent.

Thierry Lhermitte, qu’elle décrit alors avec tendresse comme son « idole ».
Jean-Claude Jitrois.

Patrick Poivre d’Arvor, qu’elle avait déjà rencontré auparavant dans son cocon de la rue de la Chaise et avec lequel elle peut, cette fois, prendre le temps de parler.
Chacune de ces rencontres semble petite lorsqu’on la regarde isolément.
Mais réunies au cours d’une même soirée, elles produisent chez la créatrice un sentiment nouveau.

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« Une parmi les créateurs »

Au milieu de son texte de 2015 apparaît alors une phrase beaucoup plus profonde : « C’est la première fois que je fais partie de ce monde : 1 parmi 34 créateurs… »

Cette phrase raconte peut-être davantage que toutes les photographies de la soirée.

Ken Okada vit alors depuis des années à Paris.
Elle a créé sa Maison. Elle a ouvert sa boutique.

Elle a présenté ses collections, réalisé des collaborations et construit progressivement son propre langage.
Mais ce soir-là, en voyant son nom apparaître parmi ceux de créateurs et de Maisons qu’elle connaît et admire, quelque chose change.

Il ne s’agit pas seulement de reconnaissance professionnelle.
Pour un instant, elle se sent appartenir à ce monde.
Non plus comme spectatrice.
Comme créatrice.

Ouvrir les portes, une après l’autre

Et dans ce même texte apparaît une autre phrase, presque comme une confidence adressée à elle-même : « La marque Ken Okada a besoin de mon courage, je suis la clé de ma marque… je dois pouvoir tourner et ouvrir porte par porte… »

 

Onze ans plus tard, cette phrase prend une autre dimension.
Construire une Maison indépendante à Paris n’a jamais consisté à attendre qu’une grande porte s’ouvre toute seule.

 

Il fallait avancer. Rencontrer. Proposer. Créer. Recommencer.

Et ouvrir les portes une par une.

 

Cette soirée de novembre 2015 représente précisément l’une de ces portes.
Une porte ouverte non seulement vers un univers prestigieux, mais vers un sentiment plus intime : celui d’avoir gagné sa place par son propre parcours.

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Le mot de la créatrice

Lorsque je relis aujourd’hui ce que j’avais écrit juste après cette soirée, je suis très émue.
Je souris aussi. Parce que j’avais écrit tellement de fois :
« C’est la première fois… »

Première fois aux Sapins de Noël des Créateurs.
Première photo avec Jean Paul Gaultier.
Première rencontre avec Thierry Lhermitte devant mon sapin.
Première fois que Marie-Christiane Marek portait Ken Okada.

Et surtout, première fois que je me sentais une parmi les créateurs.
À l’époque, je crois que je n’arrivais pas encore vraiment à comprendre ce que cela représentait pour moi.
Je suis arrivée du Japon à Paris avec mes rêves, mais ce monde de la mode parisienne me paraissait immense.

Je connaissais tous ces noms.
Je regardais leur travail.
Certains étaient presque des idoles pour moi.

Et puis, un soir, mon nom était là aussi.

KEN OKADA.

Parmi Chanel, Dior, Hermès, Jean Paul Gaultier, Chantal Thomass, Elie Saab, Pierre Hermé et tant d’autres créateurs.

Je me souviens de mon étonnement.
Je crois que j’étais à la fois très fière et presque intimidée.

Mais ce que j’ai découvert ce soir-là, ce sont surtout des êtres humains.
Jean Paul Gaultier était tellement gentil et naturel.
Chantal Thomass m’a parlé de mon Instagram et cela m’a beaucoup touchée.

Marie-Christiane Marek portait ma création.
David Khayat m’a prise dans ses bras et, ensuite, c’est lui qui a acheté mon sapin.
Et moi, au milieu de tout cela, j’essayais simplement de réaliser ce qui m’arrivait.

Mon sapin lui-même me ressemblait beaucoup.
Je ne pouvais pas imaginer un sapin de Noël traditionnel.
J’avais envie de faire mon propre Noël.

Alors j’ai créé un cocon blanc, presque transparent, avec le tissu, la légèreté et ces petites clochettes japonaises.

Encore une fois, sans vraiment le calculer, Paris et le Japon se retrouvaient dans ma création.

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Mais aujourd’hui, ce qui me touche peut-être le plus est une phrase que j’avais écrite après la soirée : « Je suis la clé de ma marque. Je dois pouvoir tourner et ouvrir porte par porte. »

Je trouve cette phrase très naïve et très forte à la fois.
Parce qu’elle raconte exactement la créatrice que j’étais.
Je savais que personne n’allait construire cette histoire à ma place.

Il fallait du courage. Il fallait frapper aux portes. Parfois elles restaient fermées. Parfois elles s’ouvraient un peu.

Et quelquefois, comme ce soir-là, je passais la porte et je découvrais un monde que je pensais encore inaccessible.
Aujourd’hui, après vingt-cinq ans de création, je regarde cette Ken Okada avec beaucoup de tendresse.

Je sais maintenant que l’on ne devient jamais créatrice en une seule journée.
On le devient rencontre après rencontre.
Projet après projet.
Difficulté après difficulté.
Porte après porte.

Et peut-être que la plus grande différence aujourd’hui est que je ne cherche plus autant à savoir si je fais partie de ce monde.
J’ai compris que l’important était de continuer à construire le mien.
Mais je n’oublierai jamais l’émotion de cette soirée.

Cette première fois.
Cette photographie.
Ce sapin blanc.
Ces rencontres.

Et cette petite créatrice japonaise qui regardait autour d’elle et qui, pendant quelques secondes, s’est dit : « Moi aussi, je suis là. »

— Ken Okada

La 20e édition des Sapins de Noël des Créateurs a également bénéficié d’une belle visibilité médiatique. Plusieurs publications ont relayé l’événement et mentionné la participation de Ken Okada, aux côtés de grandes figures de la mode et de la création.
Ces archives témoignent aujourd’hui de la place prise par cette première participation dans l’histoire de la Maison.

Les Sapins de Noël des Créateurs — Annonce officielle, 28 October 2015

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ELLE France — 23 novembre 2015

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Purepeople — novembre 2015

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Russian Press — Les Sapins de Noël des Créateurs, 2015

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